Read Ebook: L'art du taupier; ou méthode amusante et infaillible de prendre les taupes by Dralet M Etienne Fran Ois
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Ebook has 149 lines and 19093 words, and 3 pages
Les galeries du terrain de chasse ont un diam?tre ? peine sup?rieur ? celui du corps de l'animal; dans celles qui lui servent de passage habituel, le diam?tre tend sans cesse ? s'agrandir, l'animal y circulant fr?quemment et pr?cipitamment. Dans les terres fortes, les galeries sont plus superficielles; situ?es plus profond?ment au contraire dans les sols l?gers. Quand il s'agit de franchir un obstacle, comme une route ou un mur, la galerie s'enfonce souvent ? 0m,50 et m?me plus. Le plancher des galeries de chasse est en moyenne de 0m,12 ? 0m,16 en dessous de la surface du sol. Mais pour op?rer ces galeries, il faut trouver un emplacement pour les d?blais; aussi, de distance en distance, la Taupe rejette-t-elle la terre ?miett?e qu'elle transporte et accumule ? la surface du terrain, formant ce qu'on appelle une taupini?re.
Au travail, la Taupe chemine avec une vitesse variable selon la nature du sol plus ou moins r?sistant, de 10 m?tres ? 15 m?tres par heure, soit en moyenne 12m,50 environ; mais lorsqu'elle revient ? son g?te, lorsqu'elle court ? la surface du sol et qu'elle est effray?e, elle peut atteindre, comme dans les exp?riences de Lecourt, la vitesse d'un cheval au trot. A la saison des amours, les m?les poursuivant une femelle creusent parfois de 50 ? 60 m?tres de galeries par heure.
La Taupe est loin d'?tre sociable; elle ne supporte autour d'elle aucun animal vivant; elle attaque les grenouilles , les mulots, les souris, campagnols, musaraignes, l'orvet; elle se d?fend contre la belette et la vip?re; quand elle rencontre une de ses semblables, il s'ensuit un duel qui ne se termine que par la d?faite, la mort et l'engloutissement de l'une des deux. Mais l'heure du berger sonne aussi pour la Taupe. Les m?les entrent en rut et les femelles en chaleur, depuis le 15 f?vrier jusqu'au 15 ao?t environ.
Une autre vie commence alors; les m?les et les femelles qui, jusque-l?, ont v?cu isol?s, quittent leurs galeries et leurs g?tes, abandonnent leurs cantonnements et s'en vont errer ? l'aventure. Il y a tr?ve entre les femelles, mais guerre d?clar?e entre les m?les. Quand deux de ceux-ci se rencontrent, le combat commence sous terre et se termine par la mort ou la fuite du vaincu. Quant au vainqueur, il se met en qu?te d'une compagne qu'il lui faut conqu?rir, non-seulement contre des rivaux, mais aussi contre elle-m?me. Tout en d?sirant l'approche du m?le, la femelle s'enfuit devant lui, et, comme la nymphe sans doute,
Fugit ad salices et se cupit ante videri.
Elle fuit, se creusant de nouvelles galeries ?troites et sinueuses; le m?le la poursuit, creusant rapidement des contre-galeries en ligne droite, ? fleur de terre, afin de lui couper la retraite et de l'acculer dans une impasse. Pouss? par une ardente passion, le m?le mine avec une incroyable ardeur, et, en trois heures, on en voit creuser jusqu'? 150 et 200 m?tres de galeries. La femelle se rend, ?puis?e de fatigue ou impuissante ? trouver une issue; l'aube se l?ve ? peine ou le cr?puscule est d?j? tomb?; l'accouplement s'op?re, dans la galerie m?me et au milieu du plus grand myst?re. Les deux ?poux vont faire m?nage commun... jusqu'? la mise bas. C'est ensemble qu'ils vont creuser le nid o? la m?re fera ses couches. <
M. Henri Lecourt a pass? plusieurs mois ? contempler les mouvements des Taupes pendant leurs amours. C'est d'apr?s son r?cit que s'expliquent les diverses sinuosit?s repr?sent?es dans la figure 1 de notre planche. Aucun autre terrain ne lui avait jusqu'alors encore offert une occasion aussi favorable pour l'observation.
La Taupe est depuis longtemps connue des agriculteurs: Aristote , Pline , Columelle et Varron Oppien , Elien , ont d?crit ses moeurs ? leur mani?re et brod? chacun un petit roman sur ce sujet: Varron d'abord, Pline ensuite, et d'apr?s le premier, racontent qu'une ville de Thessalie, dont ils ne disent point le nom, fut min?e et d?truite par les Taupes. De Lafaille, pour appuyer ce dire des anciens, cite, d'apr?s le voyageur Lacaille, les d?g?ts caus?s au Cap par les travaux d'une Taupe qui n'est autre que la chrysochlore dor?e , un genre voisin; sillonnant toute la campagne de ses galeries profondes dans les sables, elle rend dangereuse la promenade ou la course ? cheval.
Puis c'est Buffon qui la d?crivit avec le succ?s que l'on sait ; de Lafaille, qui cumule trop souvent les erreurs des anciens avec la cr?dulit? du moyen ?ge; Cadet de Vaux, qui, dans un travail trop diffus, entreprit d'exposer les observations de Lecourt.
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