Read Ebook: L'Illustration No. 3671 5 Juillet 1913 by Various
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L'Illustration, No. 3671, 5 Juillet 1913
COURRIER DE PARIS
APR?S LA PISANELLE
M. Gabriele d'Annunzio, escort?, flanqu?, comme un jeune podestat de la l?gende et du r?ve, d'une suite de magiciens somptueux et avis?s, et marchant en compagnie d'une princesse de la Tyrannie esth?tique et de la Volont?, nous a procur? en effet, avec son oeuvre r?cente, un ?blouissement et un enchantement qui durent, qui coulent toujours, bien au del? de la soir?e trop petite pour les tenir et les renfermer. Je ne pense pas que l'on ait d?j? renonc? ? se rappeler ces instants de satisfaction presque parfaite et si je dis presque, c'est pour ne pas d?courager de la r?cidive ceux ? qui nous devons la faveur de miracles pareils.
Et que cette figure de la Pisanelle attache donc et retient! Elle enlace ? distance. Quoi de plus captivant que cette captive!... Par la profonde intention d'une antith?se n?cessaire, c'est elle, la femme de rien, r?duite ? rien, ? demi nue, ligot?e, qui <
Cette supr?matie majestueuse et fig?e, Mme Ida Rubinstein l'a comprise et rendue avec la puissance qu'elle est seule capable de montrer quand elle la dompte. Elle a le g?nie de l'Immobilit?. Elle en poss?de les longs et solennels moyens, l'invincible force latente. Je conserve l'image, modifi?e ? tous les actes, et de style toujours pareil, que l'alti?re com?dienne, la mime int?rieure, si r?fl?chie, si absorb?e et comme r?sum?e en elle-m?me, a donn?e successivement de la courtisane ocreuse ? la chair orang?e, et de la nonne aux sveltesses de tige, aux blancheurs liliales. Sur elle, contre elle, au marbre de son pied nu qu'ils n'avaient m?me pas l'air d'atteindre et de g?ner, venaient se briser tous les transports, se r?pandre l'eau des pleurs et le vin du sang,... et Elle, aussi bien sous les liens de roseaux crois?s qui l'empaquetaient que sous la libert? flottante de la flanelle et du lin, et sous les plis de plomb des brocarts, gardait son m?me d?tachement, son tout proche et lointain recul, son absence r?alis?e dans la pr?sence r?elle.
Derri?re son immobilit? l'on voyait pourtant l'?me ?voluer et virer entre deux eaux, comme un poisson qui tourne sous la glace. On voyait l'esprit, le coeur de l'h?ro?ne mille fois plus anim?s, sans qu'elle voul?t le laisser para?tre, que tous les corps qu'elle agitait, et l'on avait peine ? suivre les innombrables et harmonieux mouvements qu'elle s'interdisait.
Mais... j'irais longtemps si je pr?tendais ?num?rer les joies, et de toute esp?ce, que m'a prodigu?es cette oeuvre ?tincelante et d?licate, d'une opulence g?n?reuse. Elle est de celles que la sensibilit? du beau accueille comme un bienfait. Elle offre une splendide et rare chevalerie et j'en aime le lyrisme ac?r?, tranchant, combatif, ?perdu, toujours d?gain?, continuel aussi comme un flottement d'oriflamme.
Quelques-uns ont paru s'?tonner que le po?te ait subi la griserie vertigineuse de ses archa?ques trouvailles... Ah! qu'il a donc, au contraire, ?t? bien inspir? de s'y pr?cipiter, de s'y rouler, de s'y baigner et de s'en ?tre ?tourdi dans l'all?gresse de ses ?vocations! Qu'il tienne ? ses l?opards! Je l'en conjure. Ils font, ? dater d'aujourd'hui, partie de son ?cusson. Qu'il ne les c?de jamais!
Ce noble but, Gabriele d'Annunzio l'a atteint. Je sais,... je sais qu'il a l'?me latine, qu'il ?tait d?j? gonfl? de nos sucs, nourri de notre lait... Mais c'est ?gal... La langue fran?aise! Si redoutable! Si d?courageante!... Il a os? s'attaquer ? elle et la prendre, en la courtisant d'abord,... elle est femme... et puis en se faisant paladin, en la subjuguant par la beaut? de son imp?tueux d?sir et la tendre ardeur de son amour.
HENRI LAVEDAN.
NOS HOTES AM?RICAINS
M. LAWRENCE LOWELL
Un des personnages les plus consid?rables des ?tats-Unis, M. Lawrence Lowell, pr?sident de l'Universit? d'Harvard, vient d'arriver ? Paris, o? il compte s?journer une dizaine de jours. Il est l'h?te de l'ambassadeur d'Am?rique, et de multiples f?tes vont ?tre donn?es en son honneur.
Nous nous faisons difficilement une id?e, en France, de l'influence et du rayonnement qu'exercent les grandes universit?s dans la d?mocratie am?ricaine. Nous sommes un peu port?s, d'instinct, ? croire cette d?mocratie uniquement pr?occup?e de ses int?r?ts mat?riels, exclusivement passionn?e pour les affaires et d?sireuse par-dessus tout de <
Il n'en est rien. Les grands besoins d'id?alisme la travaillent. Elle est plus qu'aucune autre sensible ? l'action des forces morales.
L'Am?ricain est fier de ses universit?s, il leur porte un vif int?r?t, il leur voue un culte fervent.
Le nombre des ?l?ves d'Harvard qui occupent dans la politique, les professions lib?rales, la haute banque, l'industrie, le commerce, des situations de premier plan ne se compte plus. Dans toutes les branches de l'activit? am?ricaine, la vieille Universit? est repr?sent?e avec ?clat. Tous ces hommes conservant pieusement les liens qui les unissent ? leur ancienne ?cole, on se rend compte par l? de l'influence extraordinaire qu'une telle Universit? peut exercer.
Il y a quatre ans, depuis le 19 mai 1909, que M. Lawrence Lowell en est le pr?sident. N? ? Boston en 1856, ?l?ve d'Harvard, inscrit au barreau, conf?rencier, professeur, il fut enfin ?lev? par la confiance du comit? et des anciens ?l?ves ? ces tr?s importantes fonctions. Ses pouvoirs sont consid?rables. L'Universit? ?tant absolument ind?pendante et vivant sur ses propres ressources, c'est le comit?, surtout le pr?sident, qui la dirigent comme ils l'entendent et sous leur propre responsabilit?. Le pr?sident choisit les professeurs, et l'on sent tout de suite l'importance et la gravit? de ce choix; il surveille les travaux, d?cide des r?formes ? accomplir, pr?side aux relations de l'Universit? avec le dehors.
Depuis quatre ann?es qu'il exerce ces fonctions, M. Lawrence Lowell s'en est acquitt? ? la satisfaction unanime. Sa r?putation, tr?s grande d?j? aux ?tats-Unis, n'a cess? de grandir.
RAYMOND RECOULY.
M. ANDREW CARNEGIE
M. Andrew Carnegie, le grand philanthrope et l'un des plus puissants souverains de l'industrie et des finances de l'Am?rique moderne, M. Andrew Carnegie, le roi du fer et le constructeur du palais de la Paix, est ?galement depuis lundi l'h?te de notre capitale, o? il est accueilli et f?t? par tous les groupes ou repr?sentants des institutions humanitaires dont il est le bienfaiteur.
Rappelons que M. Carnegie, Ecossais d'origine, est n? ? Dumferline il y a soixante-seize ans. Sa famille alla, en 1848, s'?tablir ? Pittsburg en Pensylvanie, o? le jeune Andrew occupa successivement les emplois modestes de m?canicien, de t?l?graphiste et d'employ? du chemin de fer. Sa puissante intelligence, son extraordinaire activit? lui firent gravir rapidement les ?chelons de la hi?rarchie industrielle. Une fonderie qu'il cr?a et qui prosp?ra d'une fa?on magique fut l'origine de cette immense fortune dont il emploie les revenus, non point ? des oeuvres de charit?--car il estime que chacun doit demander le n?cessaire de la vie ? son effort personnel--mais ? cr?er des institutions pouvant fournir aux moins riches les agr?ments intellectuels de la vie. Aussi a-t-il surtout fond? des biblioth?ques publiques dans un grand nombre de villes des ?tats-Unis et dans sa ville natale, des mus?es d'art, des salles de concert, des laboratoires, des ?tablissements scientifiques, etc. Enfin, c'est lui qui donna les fonds n?cessaires pour la construction, ? la Haye, du palais de la Paix.
HENRI ROCHEFORT
Avant tout, par-dessus tout, c'?tait un journaliste de beaucoup d'esprit, de beaucoup de verve, un pol?miste au style incisif, vigoureux, entra?nant: le pamphl?taire.
Sa vie s'est d?roul?e tellement au grand jour, dans la rue, au forum, que les p?rip?ties en sont quasi populaires.
Par malheur, Henri Rochefort manquait de telles des qualit?s indispensables au tribun. Il n'?tait point l'homme des foules et ne leur rendait que platoniquement, ? distance, l'idol?trie dont elles l'accablaient. On le vit bien aux obs?ques de Victor Noir, o?, ma?tre de diriger ? son gr? le courant populaire, dress? sur le pavois, exalt? sur de robustes ?paules, il fut pris de vertige et s'?vanouit... Non, certes, qu'il ne f?t brave: il avait eu des duels retentissants. Mais il ne suffit pas toujours de gourmander, comme Henri IV, la <
A la chute du r?gime imp?rial, la vogue populaire qu'avait reconquise le pol?miste, un moment moins choy?, apr?s sa d?faillance, le portait ? l'H?tel de Ville. Membre du gouvernement de la D?fense nationale, il allait de nouveau s'inqui?ter, et mollir ? l'heure de l'action. Il d?missionna vite.
On a rappel? plus haut jusqu'o? l'entra?na sa participation ? la Commune: ce fut la d?portation ? la Nouvelle-Cal?donie, ? laquelle mit fin une ?vasion p?rilleuse et retentissante.
Rentr? en France ? l'amnistie de 1880, il allait de nouveau conna?tre les amertumes de l'exil ? la suite de l'?quip?e boulangiste, qu'il avait soutenue avec un entrain endiabl?, une verve prodigieuse. Une fois de plus il se trouvait avec les vaincus. Il n'attendit pas sa condamnation par la Haute Cour pour gagner Bruxelles puis Londres, et vivre l? dans l'esp?rance d'une autre amnistie. Elle le rappela en 1895.
<
L'excessive v?h?mence de ton ? laquelle graduellement il ?tait arriv?, apr?s avoir si adroitement mani? le sous-entendu, enlevait, en ces derni?res ann?es, quelque port?e ? ses anath?mes. Mais la forme de ses articles demeurait si amusante, que ceux-l? m?mes qu'il d?chirait ? dents f?roces ne devaient gu?re lui on garder rancune. M. Constans du moins, qui fut peut-?tre, de tous ses adversaires, celui contre lequel il s'acharna le plus longuement et le plus rageusement--le plus vainement aussi--souriait avec bonhomie, quant ? lui, de ces exc?s. Le fin matois avait des raisons excellentes de ne pas croire ? la port?e de ces philippiques.
Ce croquemitaine ? l'?trange teint de bile, au provocant toupet d'argent, avait d'ailleurs des c?t?s chevaleresques parfois assez touchants et on l'a vu maintes fois d?fendre un confr?re en butte aux coups du sort avec la m?me ?pret? farouche qu'il d?ployait ? trancher un adversaire.
Entre les diff?rentes images que nous reproduisons de cette figure singuli?re et attachante, depuis le curieux crayon du <
GUSTAVE BABIN.
GRECS, SERBES ET BULGARES EN MAC?DOINE
La journ?e du 30 juin a vu se produire un coup de th??tre dans la p?ninsule balkanique. Au moment o? les pl?nipotentiaires de Sofia et de Belgrade s'appr?taient ? se rendre ? Saint-P?tersbourg pour soumettre le diff?rend ? l'arbitrage du tsar, au moment o? la solution pacifique du conflit paraissait le plus probable, les arm?es on pr?sence entamaient la lutte sur un front de 200 kilom?tres, presque partout ? la fois. Sans doute plusieurs chocs s'?taient d?j? produits entre les avant-postes des partis oppos?s; mais il s'agit actuellement de combats beaucoup plus importants et qui mettent aux prises la totalit?, ou peu s'en faut, des troupes d'occupation de la Mac?doine: serbes, hell?nes et bulgares.
Au lendemain m?me de la prise d'Andrinople, d?s que la r?sistance turque a ?t? d?finitivement ?cras?e, on a senti que la jalousie des alli?s, dissimul?e jusque-l?, allait se manifester. Les troupes bulgares, lib?r?es par la capitulation de Choukri pacha, se dirigeaient non vers Tchataldja, mais vers Salonique, tandis que les deux divisions serbes du corps de si?ge regagnaient en toute h?te le territoire national.
D?s la signature des pr?liminaires de paix avec la Turquie, les arm?es bulgares de Thrace sont dirig?es vers l'ouest et concentr?es de mani?re ? s'opposer partout aux groupements serbes et grecs.
La 3e arm?e court s'interposer entre la capitale et la fronti?re serbe, ? cheval sur la voie ferr?e de Nich ? Sofia; elle comprend les 3e, 4e, 5e et 9e divisions.
La 1re arm?e , comprenant les 1re, 6e et 10e divisions, se concentra sur la haute Strouma; son quartier g?n?ral ? Kustendil.
Ces deux arm?es, sous les ordres du g?n?ral en chef Savof, doivent compter au total 160.000 hommes environ.
La 4e arm?e--, pr?c?demment, stationn?e face ? Boula?r, est, report?e ? S?r?s et Brama. La 8e division bulgare, de l'ancienne arm?e du si?ge d'Andrinople, vient la renforcer. Ce groupement, qui fait face aux Grecs, est command? par le g?n?ral Ivanof; on peut, l'estimer ? 75.000 hommes.
Ainsi, nous retrouvons, en Bulgarie et en Mac?doine, trois des quatre arm?es constitu?es l'ann?e derni?re pour combattre la Turquie. Seule, la 2e arm?e--celle d'Andrinople--a ?t? disloqu?e. La 11e division, qui entrait dans sa composition, se trouvait encore, aux derni?res nouvelles, maintenue ? Andrinople et s'?tait augment?e des troupes d'?tapes, autrefois ?chelonn?es entre Mustapha-Pacha et Tchataldja.
Enfin, on a constitu? ? Choumla, vers la fronti?re roumaine, un noyau de couverture avec des ?l?ments divers, d?p?ts, recrues, arri?re-ban .
Du c?t? oppos?, les contingents serbes sont r?partis en deux groupes; l'un, en face de l'arm?e du g?n?ral Dimitrief, est ? Pirot; l'autre s'allonge sur le Vardar, d'Uskub jusqu'? hauteur du lac Do?ran, ? Guevgheli, o? il se relie aux Hell?nes.
L'arm?e serbe, ? laquelle sont venues se joindre des unit?s mont?n?grines, d'ailleurs en petit nombre, se compose de 10 divisions, dont 5 actives et 5 de r?serve, mais qui, toutes, sont en campagne depuis neuf mois; elle met ainsi en ligne presque 200.000 hommes.
Les divisions hell?nes qui tiennent le bas Vardar, Salonique et s'?tendent le long de la c?te jusqu'? Kavala, sont au nombre de quatre, mais renforc?es par des formations territoriales et des volontaires cr?tois. Le roi Constantin commande en personne ces 100.000 soldats.
En somme, les Bulgares ont align? 235.000 hommes devant les 300.000 Serbo-Grecs; ils disposent encore d'une cinquantaine de mille combattants au moins en Thrace et ? Choumla.
La partie serait donc ?gale, si la Roumanie ne jetait son ?p?e dans la balance. Cette puissance dispose de cinq corps d'arm?e ? deux divisions, dont l'effectif est ? peu pr?s l'?quivalent de celui des arm?es bulgares. Mais l'arm?e roumaine n'est pas mobilis?e et n'est pas aguerrie par une longue et p?nible campagne, comme celles des nations balkaniques, dont chaque soldat est, un v?t?ran. Malgr? son r?seau ferr? tr?s d?velopp?, il lui faudra plusieurs jours pour faire passer ses unit?s sur le pied de guerre et les amener ? la fronti?re.
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